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Les papiers décorés et l'habillage du livre

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Les papiers décorés et l'habillage du livre

 

Dans le livre, les papiers décorés trouvent historiquement une place de choix : couvertures provisoires (dites « d'attente », comme des brochures) ou alternatives au cuir trop cher, pages de garde pour protéger avec la reliure les feuillets du volume. Les belles feuilles de dominotés, produites ou récupérées par les éditeurs, pouvaient couvrir aussi bien des impressions populaires (comme les almanachs) que des ouvrages plus élitistes. Les pages de garde, quant à elles, pouvaient être plus ou moins recherchées en fonction de l'importance de la reliure.

 

  • Les beaux papiers de Médard

Bibliophile averti, Louis Médard annote avec rigueur la qualité et les caractéristiques des papiers de ses volumes : vélin, grand papier, de Hollande, de Chine, fin d'Annonay, d'Auvergne... Mais il s'attarde rarement sur les papiers décorés présents dans ses reliures ; parmi ses quelques observations : « papier imitant l'étoffe », « papier des plats assortis », « couverture en papier de paille ».

Si dans ses papiers de travail, les registres de la société Médard et Parlier, on retrouve un beau marbré caillouté, pour les livres de sa collection ce sont les relieurs qui choisissent et proposent les papiers décoratifs des couvertures en demi-reliure et des pages de garde. On y retrouve un large panel de motifs, alors que les progrès de la chimie apportent des teintes éclatantes et des variations significatives. Ainsi, la bibliothèque de Médard compte le caillouté (avec la version « Empire »), le scrotel (petit caillouté), l'oeil de chat, le peigné, le drapé ou ombré, motifs quelques fois enrichis par des bandes multicolores. Toujours dans le marbré, la présence dans la collection du célèbre relieur Nicolas-Denis Derome (1731-1790) permet de retrouver son typique caillouté aux nuances vertes et roses.

D'autres papiers singuliers qui ornent les livres de Médard complètent cette présentation : des élégants monochromes, des gaufrés et des dorés liés à la grande tradition allemande. Très rare, un papier estampé avec dégradés de couleur, orne une reliure de Simier conçue pour un fac-similé lithographique d'un ouvrage du XVIe siècle.

 

   
Papier dominoté (X104) et papier marbré (A009) de la collection de Louis Médard

 

  • Tranches marbrées et dorées

La marbrure des tranches remonte au début du XVIIe siècle et serait une invention française. Cette opération, particulièrement délicate, est réalisée par le marbreur comme le montre l'illustration de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert. Il place le livre entre deux planches de bois et plonge légèrement ses tranches dans le bain de marbrure où les couleurs ont été préparées comme pour la marbrure des feuilles. Plusieurs livres de la bibliothèque de Louis Médard présentent des tranches différemment marbrées ou mouchetées avec des projections de couleur.

Puis, pour les reliures de luxe « on passe le livre au doreur qui y couche son or » (Encyclopédie). Ainsi, pour voir la marbrure sous-jacente, il faut feuilleter les tranches.

 

 

Tranches marbrées (Y001) de la collection de Louis Médard

 

Tranche marbrée et dorée (O080) de la collection de Louis Médard

 

 

 

 

  • Papiers à la colle

Il s'agit d'une technique très ancienne et simple à réaliser : les couleurs sont mélangées avec de la colle de farine ou d'amidon et posées directement sur le papier à l'aide d'une brosse. Au milieu du XVe siècle, les cartiers l'ont utilisée pour décorer le dos des cartes à jouer ; plus tard, les papiers à la colle figurent en couverture de livres, en pages de garde et en décoration d'objets, surtout en Allemagne et en Italie.

Différents documents prêtés par le Mucem et par Valérie Hubert nous montrent des variantes de papiers à la colle, comme les papiers à silhouette, de style nuées (à l'éponge), les papiers estampés ou dessinés, dont le style est développé vers 1750 par la communauté religieuse des soeurs moraves à Herrnuth (région de Saxe). Quant aux livres de Médard, nous retrouvons de nombreux exemples de coulées dites « romantiques » et de « Sainte-Anne » : la couleur est jetée sur une feuille enduite et inclinée pendant quelques instants. Comme le montre l'exposition Feuilles et merveilles, les techniques
à la colle font l'objet d'un fort intérêt de la part des artisans contemporains.

 

 

Papier à la colle (collection Valérie Hubert)