Les métamorphoses de l’espace Louis Feuillade

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Les métamorphoses de l’espace Louis Feuillade

 

 

Rien n'est absolu, tout est changement, tout est mouvement, tout est révolution, tout s'envole et s'en va.

Frida Kahlo

 

 

L’actuel espace Feuillade, situé au 48 boulevard Lafayette à Lunel, fait partie de ces lieux dont les usages ont très fortement évolué avec le temps.

Cet espace a été construit par la Congrégation des Sœurs de la Présentation, venues de Manosque dans les Basses-Alpes, peu après leur installation à Lunel. Il est la dernière trace concrète de cet établissement religieux.

 

 

C’est en 1826, par une ordonnance royale, que cette congrégation fut autorisée à fonder un établissement à Lunel. Ce privilège est confirmé en 1854, par Napoléon III alors Empereur des Français.

 

 

 

 

Ces sœurs étaient tournées vers le soin et l’éducation, et comme le montrent certains documents des archives, elles avaient ouvert un pensionnat pour filles à Lunel. Plusieurs courriers, datés de 1853, témoignent d’échanges avec l’Académie de l’Hérault afin de remplir les formalités nécessaires en vue de l’ouverture de leur établissement. Ces formalités concernaient alors les locaux de l’école, le futur programme, mais aussi les qualifications de l’institutrice.1

 

L’installation des Sœurs de la Présentation, une fois aboutie, s’est donc étendue sur une large surface. Elle comprenait une école, un réfectoire, une chapelle, un parloir, le couvent et le couloir le reliant à l’école, la maison de l’aumônier, deux jardins, deux cours, une cuisine, la cave/remise, des vignes, et des terrains à bâtir.2 L’espace Feuillade correspond à leur chapelle : la forme, caractéristique, le confirme.

 

 

 

Un plan des fondations de cette chapelle, daté de 1856, est visible aux Archives municipales. Très intéressant, il montre l’évolution du projet des sœurs. En effet, si une première version de la chapelle est datée du 10 avril 1856, une seconde version est visible, intégrée par dessus la première, datée du 13 mai 1856.

 


 

 

 

Ce plan semble être la version finale de la volonté des sœurs. Ainsi, nous retrouvons le chœur arrondi, le transept rectangulaire et la nef, très simple, dépourvue de bas-côtés.

 

 

Le couvent a fonctionné jusqu’à la fin du XIXème siècle avant de disparaître.

Une enquête conjointe de la municipalité et de la Préfecture, datée de 1890, témoigne des projets de rachat de l’ancien couvent par la mairie de l’époque. Ce document, très semblable aux enquêtes publiques actuelles, organise le rassemblement des opinions des lunellois quant à l’achat de ce qui est alors l’ancien couvent des sœurs de la Présentation ou religieuses de Manosque.

L’achat est finalisé entre 1909, date d’un rapport d’architecte en vue de l’acquisition de l’ancien couvent par la mairie, et 1911, date d’une autorisation de travaux au sein de ces bâtiments. L’ensemble des possessions des religieuses, terrains comme bâtiments, devient donc une propriété municipale.

 

 

L’autorisation de travaux évoquée ci-dessus, a été délivrée par la ville afin mettre les locaux acquis à la disposition d’associations et de services municipaux.3 L’actuelle salle Louis Abric, a par exemple été allouée à la Jeunesse laïque en 1911.

 

 

 

Les bâtiments situés autours de la chapelle ont ainsi connu des destinations diverses : justice de paix, commissariat de policie et locaux disciplinaires, logement des agents, dispensaire et pouponnière, goutte de lait, et cantine scolaire.

Quelques projets de constructions seront également mis sur la table. Certains, comme l’établissement de bains-douches, qui a fonctionné dès 19254, aboutiront, tandis que d’autres, comme un projet de mairie à côté de l’ancienne chapelle, daté de 1911, ne verront jamais le jour.5

Enfin, une partie des possessions de l’ancien couvent, et notamment les terrains vides, seront vendus par la suite a des particuliers.

 

L’ancienne chapelle a elle aussi connue différents usages et quelques modifications.

Malgré plusieurs traces d'espaces murés attestant d’importantes transformations depuis l’achat par la mairie, l’édifice reste très reconnaissable.

Au-dessus de la porte d'entrée, on découvre une rosace. Le chœur est également toujours visible, bien que ses fenêtres soient devenues aveugles, murées par des dépendances construites au XXème siècle. Des miroirs occupent actuellement leurs emplacements, agrandissant la pièce.

Enfin, si la moitié droite du transept a survécu, son bras gauche a disparu ; seul son arc, muré, subsiste. Il a très certainement été muré lors de la construction des bains douches cités plus haut. Ces derniers ont en effet profondément modifié l'ancien couvent religieux.6

 

 

 

 

 

 

Dès 1925, la chapelle porte le nom de « Salle du peuple » sur différents plans.

 

 

En 1937, une transformation en bourse du travail est envisagée. Un dossier très fourni, constitué d’un ensemble de plans, délibérations, devis et estimatifs, vient à l’appui du projet. S’il avait été mené a bien, la chapelle aurait donc servi de siège des différents syndicats de la ville. Le nom donné à la salle à l’époque : « salle du Peuple », pourrait corroborer un aboutissement du projet.

 

 

 

 

Un second projet, non daté, prévoyait quant à lui l’aménagement de la chapelle en un gymnase municipal. Le dossier en question comporte un plan et une vue de la façade.

 

 

 

 

 

 

Certains témoignages confirment l’aménagement du gymnase, ce dernier aurait fonctionné jusque dans les années 1980. D’autres évoquent un foyer où les jeunes gens de la ville se rassemblaient, foyer connu sous le nom de « Salle du Peuple », comme nous pouvons le retrouver sur certains plans.

 

L’ancienne chapelle des Manosques est restée nommée « salle du Peuple » jusqu’en 1980, date à laquelle elle a bénéficié d’une restauration.

Ces aménagements ont permis la création de la salle d’exposition actuelle ainsi que l’installation du service culturel au premier étage du Bocal, bâtiment voisin de la chapelle.7

Des invitations à des expositions se tenant à l’espace « Louis Feuillade » existent dès 1983. C’est donc entre 1980 et 1983, lors de son inauguration sous le mandat d’Élie Rauzier, que le nom de Louis Feuillade a été attribué à la nouvelle salle d’exposition et que l’ancienne chapelle des Sœurs de la Présentation a obtenu sa fonction actuelle.

 

 



 

14M8, « Couvent de la Présentation : enseignantes, installation, 1853-1854, plan, 1856. », Archives de Lunel.

21N3 : plan du couvent dans le dossier de vente des terrains -Vente des terrains de l'ancien couvent des Manosques, 1920

 

31M2 : « Mise à disposition auprès de la Jeunesse laïque, 1911 », Archives de Lunel.

41M3 : « Bains-douches, construction, 1914-1925 ; Fonctionnement et règlement de l'établissement, 1924-1933 », Archives de Lunel.

51M1 : « Projet de construction d'un hôtel de ville dans l'immeuble des Manosques, 1911 », Archives de Lunel.

6Blog de l’exposition : « Mémoire des pierres, empreinte des règles, 2010 », http://lunel-pierre-empreinte.blogspot.com/, consulté le 21/09/2022.

707 K3, « Salles expo », Archives de Lunel.